Le régime paléolithique (2eme partie)

Les causes de décès de l’Homme Paléo

les-chasseurs-cueilleurs-fernand-lopezRécemment des chercheurs paléoanthropologues américains ont réexaminé la question de la longévité de l’Homme paléo. Leur travail explique qu’une longévité significative est une caractéristique intrinsèque au genre Homo Sapiens, ce qui nous différencie du singe. Leurs calculs font apparaître que la mortalité infantile était si élevée que chaque femme devait avoir au moins 4 enfants pour que le nombre d’êtres humains reste stable. Mais passé l’âge de la maturité, le taux de mortalité de l’Homme paléo était faible jusqu’à 40 ans pour augmenter ensuite de manière exponentielle, en doublant tous les 7 ans. L’âge moyen du décès aurait été de 72 ans et les causes se répartissaient ainsi : dans 70% des cas, décès des suites d’une infection ou d’une maladie (en grande majorité des infections ou des maladies intestinales), dans 20% des cas, décès des suites de violences ou d’accident et dans 9% des cas seulement, décès à la suite d’une maladie dégénérative.

Toutefois il est important de signaler que les chiffres exacts de l’espérance de vie au Paléolithique ne sont pas connus et que les valeurs avancées ne font pas l’objet d’un consensus. La raison principale est que les ostéologistes (spécialistes de l’étude des os) ont de grandes difficultés à estimer l’âge d’un individu à partir de ses ossements lorsque celui-ci a dépassé 40 ans. Autrement dit, dans la majorité des cas, l’âge du décès ne peut pas être déterminé avec certitude. Pour affiner ces données, la seule solution consiste à  s’intéresser à l’espérance de vie des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs modernes.

Les chasseurs-cueilleurs modernes

chasseurs-modernes-fernand-lopezOn pourrait penser que tous les chasseurs-cueilleurs ont disparu, mais il existe encore quelques peuplades dans des contrées reculées qui ont conservé un mode de vie, et donc une alimentation, quasi identique à celle des hommes au Paléolithique. Ces tribus ont donc été un terrain d’investigation privilégié pour de nombreux chercheurs et la littérature médicale est riche d’informations relatives à l’alimentation paléo ou à l’Homme paléo dans sa globalité. Parmi ces tribus, on compte les Indiens Aché du Paraguay, les indigènes de Kitava en Papouasie Nouvelle-Guinée, les Bushmens d’Afrique du Sud, les Yamomami en Amazonie, les Inuits traditionnels de l’Arctique et d’autres moins connus.

Tout comme l’homme au Paléolithique, ces chasseurs-cueilleurs vivaient (et pour certains, vivent encore) sans électricité, sans médicaments, sans véhicule motorisé et sans téléphone. Sur l’île de Kitava, en Papouasie Nouvelle-Guinée, les 2 300 indigènes vivent de la pêche et de l’horticulture. Malgré un nombre très important de décès à la naissance et pendant la petite enfance à la suite d’infections bactériennes (principalement le paludisme), l’espérance de vie à la naissance est de 45 ans, mais l’espérance de vie à 45 ans est de plus de 80 ans. Environ 6 % des habitants ont entre 60 et 95 ans. Les habitants ne consomment aucune céréale, pas de produits laitiers, pas de sucre et aucune huile végétale. Ils ne connaissent pas le surpoids, ne souffrent pas d’hypertension artérielle, de diabète, de maladie d’Alzheimer, de maladie de Parkinson, d’accident vasculaire cérébral, d’ostéoporose, de cancers, de maladies auto-immunes ou d’acné3,4. La plupart des décès à l’âge adulte sont consécutifs à des accidents ou des blessures, plus fréquents dans un environnement sauvage. Les autres individus meurent de vieillesse, sans arthrose, sans cancers, sans infarctus.

Pour d’autres tribus de chasseurs-cueilleurs modernes ce sont la guerre et les combats qui tuent. Chez les Aché du Paraguay, près de 60 % des enfants décédés avant l’âge de 3 ans sont victimes d’homicides et 70 % des adultes meurent de mort violente. Au plan sanitaire, les chercheurs décrivent l’absence de maladies graves comme le cancer et signalent que 30 % des adultes atteignent l’âge de 60 ans et 20 %, 70 ans5. Un constat similaire est fait chez les Indiens Yanomami des forêts Amazoniennes. Expliquer cette absence de maladies chroniques représente un véritable challenge pour la science. En effet, on a par exemple pu constater dans toutes les tribus modernes de chasseurs-cueilleurs que la pression artérielle moyenne est extraordinairement basse. Si basse qu’elle serait considérée comme pathologique dans nos pays : en moyenne une pression artérielle systolique de 10 et une pression artérielle diastolique de 67,8 , contre 12/8 chez les personnes en bonne santé dans les pays riches. Cette pression artérielle incroyablement basse, témoignant d’artères en pleine santé, s’explique entre autres par l’absence de consommation de sel9.

Au début du XXe siècle, chez les Eskimos du Groenland, l’alimentation traditionnelle était composée à plus de 90 % de produits animaux et très riche en acides gras oméga-3. Les Eskimos étaient connus pour avoir un taux de maladies cardio-vasculaires extrêmement bas et n’avaient pas de diabète10, en dépit d’un apport alimentaire en graisses très important et des taux de cholestérol tout à fait comparables à ceux observés aujourd’hui chez des Européens en bonne santé11. Pourtant, dès que les Eskimos ont commencé à adopter l’alimentation occidentale, le diabète de type 2 est apparu, les maladies cardiovasculaires sont devenues beaucoup plus fréquentes, leurs artères se sont calcifiées, les caries sont devenues monnaie courante, leur taux de cholestérol a explosé ainsi que le nombre de calculs biliaires et la fréquence de l’acné12. Toutefois la santé des Eskimos traditionnels n’était pas exceptionnelle à tous les niveaux : ils souffraient d’ostéoporose, avec une prévalence comparable à celle des habitants des pays modernes13,14.

On voit donc que contrairement aux idées reçues, si l’on exclut les décès liés aux guerres, aux homicides ou aux infections, l’espérance de vie des chasseurs-cueilleurs est tout à fait comparable à celle des pays industrialisés. Et fait remarquable : les populations de chasseurs-cueilleurs ne connaissaient que peu (voire pas du tout) la plupart des maladies de civilisation qui nous frappent nous, Occidentaux telles que les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, le diabète, le cancer, les maladies auto-immunes, les maladies neurodégénératives ou l’acné.

Références

1Kaplan, H., Hill, K., Lancaster, J. and Hurtado, A. M. A theory of human life history evolution: Diet, intelligence, and longevity. Evol. Anthropol., 2009. 9: 156–185.
2Gurven, M. and Kaplan, H. (2007), Longevity Among Hunter- Gatherers: A Cross-Cultural Examination. Population and Development Review, 33: 321–365.
3Lindeberg S. Paleolithic diets as a model for prevention and treatment of Western disease. Am J

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